Espace couleur et poésie

Espace couleur et poésie

Poèmes

Cette catégorie concerne les poètes qui  m´enchantent et augmentent  le  plaisir d´exister.

Le visiteur trouvera des poèsies d´Auguste Angellier, de Baudelaire, d´André Chenier, De Goethe, Victor Hugo,

Lao Tseu, Molière, Alfred de Vigny  et Henri Michaux.


Le Tao de Lao Tseu

 

            Verset IV

Le Tao est un comme un vase
Que l´usage ne remplit pas.
Il est pareil à un gouffre,
Origine de toutes choses du monde.
Il émousse tout tranchant,
Il dénoue tout écheveau.
Il fusionne toute lumière,
Il unifie toutes poussières,
Il semble très profond,
Il paraît durer toujours.
Fils de je ne sais qui
Il doit être l´aieul des dieux.

           verset XI

Trente rayons convergent au moyeu
Mais c´est le vide médian
Qui fait avancer le char.
On façonne l´argile pour en faire des vases
Mais c´est le vide interne
Que dépend leur usage.
Une maison est percée de portes et de fenêtres
C´est encore le vide
qui permet l´habitat.
L´être donne des possibilités,
C´est par le non-être qu´on les utilise.

 verset XVI

Atteins à la suprême vacuité
Et maintiens-toi en quiétude.
Devant l´agitation fourmillante des êtres
Ne contemple que leur retour.
Les êtres divers du monde
Feront retour à leur racine.
Faire retour à la racine, c´est s´installer dans la quiétude ;
S´installer dans la quiétude, c´est retrouver l´ordre ;
Retrouver l´ordre, c´est connaître le constant ;
Connaître le constant, c´est l´illumination.
Qui ne connaît le constant
Crée aveuglément son malheur.
Qui connaît le constant sera tolérant.
Qui est tolérant sera désintéressé.
Qui est désintéressé sera royal,
Qui est royal sera céleste.
Qui est céleste fera un avec le tao.
Qui fait un avec le Tao vivra longtemps.
Jusqu´à la fin de sa vie, rien ne saurait l´atteindre.

Point de vacuité

Cette image a été peinte pour illustrer le poème de Lao  Tseu.

Tecnique mixte : pastel, gouache mélangée avec de la poudre d´os.

 

 


24/11/2007
0 Poster un commentaire

L´aquarelle est pressante .... de Molière

L'aquarelle est pressante et veut sans complaisance

Qu'un peintre s'accommode à son impatience,

La traite à sa manière et d'un travail soudain,

Saisisse le moment qu'elle donne à sa main.

La sévère rigueur de ce moment qui passe

Aux erreurs d'un pinceau ne fait aucune grâce.

Avec elle il n'est point de retour à traiter

Et tout au premier coup se doit exécuter.

 

Molière


15/11/2007
1 Poster un commentaire

Apparition

 

Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
- Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. - Il répondit : - je viens prendre ton âme. -
Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme ;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
- Que me restera-t-il ? car tu t'envoleras. -
Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre assiège
S'éteignait... - Si tu prends mon âme, m'écriai-je,
Où l'emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.
Il se taisait toujours. - Ô passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? -
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l'ange devint noir, et dit : - Je suis l'amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l'ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.

  Victor Hugo


03/10/2007
0 Poster un commentaire

L´art, des transports de l´âme .... d´André Chenier

L´art, des transports de l´âme, est un faible interprète ;

L´art ne fait que des vers, le coeur seul est poète.

Sous sa fécondidé le génie opprimé

Ne peut garder  l´ouvrage en sa tête formé.

Soit que le doux amour des nymphes du Permesse,

D´une fureur sacrée enflammant sa jeunesse,

L´emporte malgré lui dans leurs riches déserts,

Où  l´air est poétique et respire des vers ;

Soit que d´ardents projets son âme poursuivie

L´aiguillonne du soin d´éterniser sa vie ;

Soit qu´il ait seulement, tendre et né pour l´amour,

Souhaité de la gloire, afin de voir un jour,

Quand son nom sera grand sur les doctes collines,

Les yeux qui rendent faible et les bouches divines

Chercher à le connaître, et, l´entendant nommer,

Lui parler, lui sourire, et peut-être l´aimer ;

Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle

Se teint de sa pensée et s´échappe avec elle.


27/09/2007
1 Poster un commentaire

Poésie ! Ô trésor ! perle de la pensée d´Alfred de Vigny

                                      



Poésie ! ô trésor ! perle de la pensée !
Les tumultes du coeur, comme ceux de la mer,
Ne sauraient empêcher ta robe nuancée
D'amasser les couleurs qui doivent te former.
Mais sitôt qu'il te voit briller sur un front mâle,
Troublé de ta lueur mystérieuse et pâle,
Le vulgaire effrayé commence à blasphémer.

Le pur enthousiasme est craint des faibles âmes
Qui ne sauraient porter son ardeur ni son poids.
Pourquoi le fuir ? - La vie est double dans les flammes.
D'autres flambeaux divins nous brûlent quelquefois :
C'est le Soleil du ciel, c'est l'amour, c'est la Vie ;
Mais qui de les éteindre a jamais eu l'envie ?
Tout en les maudissant, on les chérit tous trois.
La Muse a mérité les insolents sourires
Et les soupçons moqueurs qu'éveille son aspect.
Dès que son oeil chercha le regard des Satyres,
Sa parole trembla, son serment fut suspect,
Il lui fut interdit d'enseigner la Sagesse.
Au passant du chemin elle criait : Largesse !
Le passant lui donna sans crainte et sans respect.

Ah ! Fille sans pudeur ! Fille du Saint Orphée,
Que n'as-tu conservé ta belle gravité !
Tu n'irais pas ainsi, d'une voix étouffée,
Chanter aux carrefours impurs de la cité,
Tu n'aurais pas collé sur le coin de ta bouche
Le coquet madrigal, piquant comme une mouche,
Et, près de ton oeil bleu, l'équivoque effronté.

Tu tombas dès l'enfance, et, dans la folle Grèce,
Un vieillard, t'enivrant de son baiser jaloux,
Releva le premier ta robe de prêtresse,
Et, parmi les garçons, t'assit sur ses genoux.
De ce baiser mordant ton front porte la trace ;
Tu chantas en buvant dans les banquets d'Horace,
Et Voltaire à la cour te traîna devant nous.

Vestale aux feux éteints ! les hommes les plus graves
Ne posent qu'à demi ta couronne à leur front ;
Ils se croient arrêtés, marchant dans tes entraves,
Et n'être que poète est pour eux un affront.
Ils jettent leurs pensers aux vents de la tribune,
Et ces vents, aveuglés comme l'est la Fortune,
Les rouleront comme elle et les emporteront.

Ils sont fiers et hautains dans leur fausse attitude ;
Mais le sol tremble aux pieds de ces tribuns romains.
Leurs discours passagers flattent avec étude
La foule qui les presse et qui leur bat des mains
Toujours renouvelé sous ses étroits portiques,
Ce parterre ne jette aux acteurs politiques
Que des fleurs sans parfums, souvent sans lendemains.

Ils ont pour horizon leur salle de spectacle ;
La chambre où ces élus donnent leurs faux combats
Jette en vain, dans son temple, un incertain oracle,
Le peuple entend de loin le bruit de leurs débats
Mais il regarde encor le jeu des assemblées
De l'oeil dont ses enfants et ses femmes troublées
Voient le terrible essai des vapeurs aux cent bras.

L'ombrageux paysan gronde à voir qu'on dételle,
Et que pour le scrutin on quitte le labour.
Cependant le dédain de la chose immortelle
Tient jusqu'au fond du coeur quelque avocat d'un jour.
Lui qui doute de l'âme, il croit à ses paroles.
Poésie, il se rit de tes graves symboles.
Ô toi des vrais penseurs impérissable amour !

Comment se garderaient les profondes pensées
Sans rassembler leurs feux dans ton diamant pur
Qui conserve si bien leurs splendeurs condensées ?
Ce fin miroir solide, étincelant et dur ;
Reste des nations mortes, durable pierre ;
Qu'on trouve sous ses pieds lorsque dans la poussière
On cherche les cités sans en voir un seul mur.

Diamant sans rival, que tes feux illuminent
Les pas lents et tardifs de l'humaine raison !
Il faut, pour voir de loin les Peuples qui cheminent,
Que le Berger t'enchâsse au toit de sa Maison.
Le jour n'est pas levé. - Nous en sommes encore
Au premier rayon blanc qui précède l'aurore
Et dessine la terre aux bords de l'horizon.

Les peuples tout enfants à peine se découvrent
Par-dessus les buissons nés pendant leur sommeil,
Et leur main, à travers les ronces qu'ils entr'ouvrent,
Met aux coups mutuels le premier appareil.
La barbarie encor tient nos pieds dans sa gaîne.
Le marbre des vieux temps jusqu'aux reins nous enchaîne,
Et tout homme énergique au dieu Terme est pareil.

Mais notre esprit rapide en mouvements abonde,
Ouvrons tout l'arsenal de ses puissants ressorts.
L'invisible est réel. Les âmes ont leur monde
Où sont accumulés d'impalpables trésors.
Le Seigneur contient tout dans m deux bras immenses,
Son Verbe est le séjour de nos intelligences,
Comme ici-bas l'espace est celui de nos corps.




27/09/2007
0 Poster un commentaire


Ces blogs de Arts & Design pourraient vous intéresser